Introduction
Maintenant que nous avons défini ce qu'est la monnaie, il est temps d'étudier l'institution chargée de la faire circuler et de la prêter : la banque commerciale.
Une banque ressemble à première vue à une entreprise classique : elle cherche à gagner de l'argent et à dégager des bénéfices. Mais contrairement à une entreprise industrielle qui transforme de la matière première en produits finis, la banque manipule une matière première très particulière.
Elle ne transforme ni de l'acier ni du bois. Sa matière première est l'argent, le risque et le temps.
Elle organise des flux financiers, évalue la solvabilité d'emprunteurs et gère des engagements qui peuvent s'étendre sur plusieurs décennies.
Pour comprendre cette mécanique, il faut ouvrir le capot et analyser les trois piliers de l'anatomie bancaire :
- l'intermédiation financière
- la gestion du temps, c'est-à-dire les maturités
- la structure du bilan comptable
Le bilan d'une banque reflète son activité d'intermédiation. À son Actif figurent principalement les crédits qu'elle a accordés. À son Passif se trouvent les dépôts de ses clients ainsi que ses emprunts sur les marchés financiers. Le cœur du métier bancaire repose sur une mécanique essentielle appelée transformation des maturités : utiliser des ressources à court terme pour financer des crédits accordés sur de longues périodes.
1. L'intermédiation financière : le cœur du réacteur
Dans une économie, il existe en permanence deux types d'acteurs.
Les agents à capacité de financement
Ce sont ceux dont les revenus sont supérieurs à leurs dépenses.
- des ménages qui épargnent
- des entreprises très rentables
- certains investisseurs institutionnels
Les agents à besoin de financement
Ce sont ceux dont les projets dépassent leurs ressources immédiates.
- un jeune couple qui souhaite acheter une maison
- une entreprise qui construit une usine
- un État qui finance un déficit budgétaire
Le rôle fondamental du système financier est de mettre en relation ces deux groupes.
Cette rencontre peut se faire de deux manières.
L'intermédiation de marché (finance directe)
Dans ce cas, l'agent à besoin de financement émet directement des titres sur les marchés financiers.
- des actions
- des obligations
Les agents disposant d'une capacité de financement achètent ces titres. La banque n'intervient ici que comme intermédiaire technique, en jouant un rôle de courtier, de conseil ou d'organisateur de l'émission.
L'intermédiation de bilan (finance indirecte)
C'est le métier historique de la banque commerciale.
L'épargnant dépose son argent à la banque sans savoir à qui il sera prêté. La banque, de son côté, accorde un crédit à un emprunteur.
Elle s'interpose entre les deux parties et assume elle-même le risque de défaut de l'emprunteur.
La banque rémunère l'épargnant à un taux inférieur à celui qu'elle facture à l'emprunteur. La différence entre ces deux taux constitue la marge d'intermédiation bancaire.
2. La transformation des maturités et l'exposition au risque
L'intermédiation ne consiste pas seulement à mettre en relation des montants. Elle consiste surtout à gérer une asymétrie temporelle.
C'est ce que l'on appelle la transformation des maturités, et c'est l'une des sources principales de risque du système bancaire.
Du côté des ressources : les dépôts
Les clients souhaitent que leur argent soit liquide, c'est-à-dire disponible immédiatement ou à très court terme.
- les comptes courants
- les livrets d'épargne
- les comptes rémunérés à court terme
Du côté des emplois : les crédits
Les emprunteurs ont besoin de visibilité et s'endettent généralement à long terme.
- un crédit immobilier s'étale souvent sur 20 à 25 ans
La banque réalise donc un équilibre délicat : elle emprunte à court terme pour prêter à long terme.
Cette transformation expose la banque à deux risques majeurs.
Le risque de liquidité (Bank Run)
Si tous les déposants décident de retirer leur argent en même temps, par exemple lors d'une panique bancaire, la banque peut se retrouver en difficulté. Les fonds ont en effet été prêtés sous forme de crédits immobiliers ou d'investissements à long terme. Ils ne peuvent donc pas être récupérés immédiatement.
C'est ce que l'on appelle une ruée bancaire.
Le risque de taux d'intérêt
Imaginons que la banque ait accordé des crédits immobiliers à taux fixe de 2 % sur 20 ans. Si les taux d'intérêt de l'économie remontent à 4 %, la banque devra :
- rémunérer ses nouveaux déposants à un taux plus élevé
- emprunter elle-même sur les marchés financiers à un coût plus important
Pendant ce temps, les anciens crédits continuent de rapporter seulement 2 %. La rentabilité de la banque peut alors fortement se dégrader.
3. Autopsie détaillée : comment lire le bilan d'une banque
Pour analyser la solidité d'une banque, les économistes et les régulateurs examinent son bilan comptable.
Contrairement à une entreprise industrielle — dont l'actif est composé d'usines, de machines ou de stocks — le bilan d'une banque est presque entièrement constitué d'actifs et de dettes financières.
L'Actif du bilan bancaire (les emplois : où va l'argent ?)
L'actif recense l'utilisation des ressources de la banque.
Les crédits à la clientèle
C'est généralement le poste le plus important.
- les prêts immobiliers
- les crédits à la consommation
- les prêts aux entreprises
Ces crédits constituent le principal moteur de rentabilité de la banque.
Le portefeuille-titres
Les banques détiennent également des actifs financiers, notamment :
- des obligations d'États
- des obligations d'entreprises
- des actions
Ces placements permettent soit de gérer les liquidités excédentaires, soit de réaliser des opérations de marché.
Les créances interbancaires
Il s'agit de prêts à très court terme accordés à d'autres banques commerciales afin d'équilibrer leurs besoins de liquidité.
Les réserves en monnaie centrale
Les banques détiennent également :
- des liquidités déposées auprès de la Banque Centrale
- des billets conservés dans les distributeurs automatiques et les agences
Le poste crédits à la clientèle de l'actif bancaire est alimenté en grande partie par les projets immobiliers des ménages. Avant de solliciter votre banque pour rejoindre ce grand livre comptable, il peut être utile de préparer votre plan de financement en estimant précisément vos frais d'acquisition. Calculateur de frais de notaire →
Le Passif du bilan bancaire (les ressources : d'où vient l'argent ?)
Le passif indique l'origine des fonds utilisés par la banque.
Il est important de comprendre que la majorité du passif d'une banque est constituée de dettes.
Les dépôts de la clientèle
C'est la principale ressource des banques.
L'argent figurant sur votre compte courant n'est pas stocké dans un coffre. Il apparaît dans le passif de la banque, car il représente une dette que la banque a envers vous.
Les dettes représentées par des titres
Les grandes banques ne se financent pas uniquement avec les dépôts. Elles émettent également leurs propres obligations sur les marchés financiers afin d'emprunter auprès :
- de fonds de pension
- de compagnies d'assurance
- d'investisseurs institutionnels
Les dettes interbancaires et envers la Banque Centrale
Les banques empruntent aussi :
- à d'autres banques
- directement à la Banque Centrale
Ces financements servent à ajuster la trésorerie quotidienne.
Les capitaux propres
Les capitaux propres constituent le matelas de sécurité de la banque. Ils sont composés :
- du capital apporté par les actionnaires
- des bénéfices conservés par la banque
Même s'ils représentent souvent moins de 10 % du bilan total, ils sont essentiels. Ce sont eux qui absorbent les pertes si les emprunteurs ne remboursent pas leurs crédits.
4. La face cachée de l'iceberg : le hors-bilan
Le bilan offre une photographie du patrimoine de la banque à un instant donné. Mais une analyse complète doit également examiner le hors-bilan.
Le hors-bilan regroupe des engagements qui n'ont pas encore donné lieu à un flux financier, mais qui pourraient le faire dans le futur.
Ces engagements peuvent représenter des volumes financiers plusieurs fois supérieurs au bilan lui-même. Dans certaines grandes banques internationales, les montants notionnels liés aux produits dérivés peuvent atteindre plusieurs dizaines de fois la taille du bilan officiel.
On y trouve notamment :
Les engagements de financement
- une autorisation de découvert
- une ligne de crédit accordée à une entreprise mais pas encore utilisée
Les engagements de garantie
La banque peut garantir un client dans un contrat. Si le client fait défaut, la banque paiera à sa place.
Les instruments financiers dérivés
Il s'agit de contrats financiers complexes :
- swaps de taux d'intérêt
- swaps de devises
- options
À l'origine conçus pour couvrir des risques de marché, ces instruments sont aujourd'hui surveillés de très près par les régulateurs depuis la crise financière de 2008.
Nous venons de voir que la banque gère des dépôts à son passif pour accorder des crédits à son actif.
Mais l'économie serait rapidement paralysée si les banques devaient attendre que des épargnants déposent de l'argent avant de pouvoir prêter.
C'est ici qu'intervient le mécanisme le plus puissant et le plus contre-intuitif du système financier moderne : la banque peut créer de la monnaie lorsqu'elle accorde un crédit.